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Un jour, un chapitre

dimanche 24 mars 2019


Chapitre 6 du

Deuxième Livre des Martyrs d'Israël

01 Peu de temps après, le roi envoya Géronte l’Athénien pour contraindre les Juifs à se détourner des lois de leurs pères et à ne plus se gouverner selon les lois de Dieu.

02 Ils devaient en outre souiller le temple de Jérusalem en le dédiant à Zeus Olympien, et le temple du Garizim en le dédiant à Zeus Hospitalier, comme le demandaient les habitants de ce lieu.

03 Cette invasion du mal fut pénible et difficile à supporter, même pour la population.

04 Débauches et parties de plaisir emplissaient le Temple : les païens s’y divertissaient avec des prostituées, avaient commerce avec des femmes sur les parvis sacrés, où ils introduisaient aussi des choses défendues.

05 L’autel était recouvert d’offrandes non conformes aux lois et illicites.

06 Il n’était possible ni de célébrer le sabbat, ni d’observer les fêtes de nos pères, ni simplement de se déclarer juif.

07 Chaque mois, le jour anniversaire de la naissance du roi, on était contraint par une amère nécessité de prendre part à un repas sacrilège. Et lors des fêtes dionysiaques, on était forcé de suivre, couronné de lierre, le cortège en l’honneur de Dionysos.

08 Un décret fut promulgué, à l’instigation de Ptolémée, pour que, dans les villes grecques du voisinage, on tienne la même conduite à l’égard des Juifs, on organise des repas sacrilèges,

09 et que l’on égorge ceux qui ne choisiraient pas d’adopter les coutumes grecques. Tout ceci laissait entrevoir l’imminence de la détresse.

10 Ainsi, deux femmes furent déférées en justice pour avoir fait circoncire leurs enfants. On suspendit leurs nourrissons à leurs seins et on les traîna publiquement à travers la ville, avant de les précipiter du haut des remparts.

11 D’autres étaient accourus ensemble dans les cavernes voisines, pour y célébrer en cachette le septième jour. On les dénonça à Philippe, et ils furent tous brûlés, car ils s’étaient gardés de se défendre eux-mêmes, par respect pour la sainteté du jour.

12 Je recommande donc à ceux qui liront ce livre de ne pas se laisser décourager par ces événements, mais de penser que ces châtiments ont eu lieu non pour la ruine, mais pour l’éducation de notre race.

13 Car c’est le signe d’une grande bonté que de ne pas tolérer longtemps ceux qui commettent l’impiété, mais de leur infliger sans retard des châtiments.

14 En effet, à l’égard des autres nations, le Maître attend avec grande patience, pour les châtier, qu’elles aient atteint le comble de leurs péchés. Mais ce n’est pas ainsi qu’il a jugé bon d’agir avec nous,

15 afin de ne pas avoir à nous punir plus tard, quand nos péchés seraient arrivés à leur pleine mesure.

16 Il est donc vrai que jamais il ne nous retire sa miséricorde : tout en éduquant son peuple par des événements, il ne l’abandonne pas.

17 Qu’il nous suffise d’avoir rappelé cela. Après ces quelques mots, il nous faut revenir à notre récit.

18 Éléazar était l’un des scribes les plus éminents. C’était un homme très âgé, et de très belle allure. On voulut l’obliger à manger du porc en lui ouvrant la bouche de force.

19 Préférant avoir une mort prestigieuse plutôt qu’une vie abjecte, il marchait de son plein gré vers l’instrument du supplice,

20 après avoir recraché cette viande, comme on doit le faire quand on a le courage de rejeter ce qu’il n’est pas permis de manger, même par amour de la vie.

21 Ceux qui étaient chargés de ce repas sacrilège le connaissaient de longue date. Ils le prirent à part et lui conseillèrent de faire apporter des viandes dont l’usage était permis, et qu’il aurait préparées lui-même. Il n’aurait qu’à faire semblant de manger les chairs de la victime pour obéir au roi ;

22 en agissant ainsi, il échapperait à la mort et serait traité avec humanité grâce à la vieille amitié qu’il avait pour eux.

23 Mais il fit un beau raisonnement, bien digne de son âge, du rang que lui donnait sa vieillesse, du respect que lui valaient ses cheveux blancs, de sa conduite irréprochable depuis l’enfance, et surtout digne de la législation sainte établie par Dieu. Il s’exprima en conséquence, demandant qu’on l’envoyât sans tarder au séjour des morts :

24 « Une telle comédie est indigne de mon âge. Car beaucoup de jeunes gens croiraient qu’Éléazar, à quatre-vingt-dix ans, adopte la manière de vivre des étrangers.

25 À cause de cette comédie, par ma faute, ils se laisseraient égarer eux aussi ; et moi, pour un misérable reste de vie, j’attirerais sur ma vieillesse la honte et le déshonneur.

26 Même si j’évite, pour le moment, le châtiment qui vient des hommes, je n’échapperai pas, vivant ou mort, aux mains du Tout-Puissant.

27 C’est pourquoi, en quittant aujourd’hui la vie avec courage, je me montrerai digne de ma vieillesse

28 et, en choisissant de mourir avec détermination et noblesse pour nos vénérables et saintes lois, j’aurai laissé aux jeunes gens le noble exemple d’une belle mort. » Sur ces mots, il alla tout droit au supplice.

29 Pour ceux qui le conduisaient, ces propos étaient de la folie ; c’est pourquoi ils passèrent subitement de la bienveillance à l’hostilité.

30 Quant à lui, au moment de mourir sous les coups, il dit en gémissant : « Le Seigneur, dans sa science sainte, le voit bien : alors que je pouvais échapper à la mort, j’endure sous le fouet des douleurs qui font souffrir mon corps ; mais dans mon âme je les supporte avec joie, parce que je crains Dieu. »

31 Telle fut la mort de cet homme. Il laissa ainsi, non seulement à la jeunesse mais à l’ensemble de son peuple, un exemple de noblesse et un mémorial de vertu.

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